La caméra de Paul Heintz se concentre sur le visage d'un jeune soldat. Son regard est continuellement dirigé hors champ. Il regarde à sa droite vers quelque chose au loin. Petit à petit, des larmes apparaissent timidement sur son visage - mais rien ne nous explique la cause. L'homme essaie de garder son regard fixe, de garder sa tête immobile. Renifle-t-il pour retenir ses larmes ou est-ce le signe de son état intérieur ? Il n'essuie pas ses larmes comme s'il avait pour tâche de toujours regarder dans la même direction, sans gestes, sans expressions. À une seule reprise, il tourne la tête, regarde de l'autre côté et baisse brièvement le regard. Ses larmes continuent de couler, silencieusement. Ses lèvres s'ouvrent imperceptiblement, mais elles ne formulent pas de mots.
La vidéo n'a pas de son. Le soldat, qui est probablement positionné à l’extérieur, porte un casque en camouflage. On ne peut pas situer où se tient le soldat. Peut-être ne remarque-t-il même pas la caméra qui le regarde ? Les hommes ne pleurent pas, dit un cliché. Par conséquent, ils ne doivent pas se laisser regarder pleurer. Tout indique que les pleurs se produisent clandestinement.
La caméra devient l’observateur-voyeur, qui tente de percer son secret. Les larmes découvrent le soldat au-delà de l’uniforme, en tant qu'être humain, ce qui éveille notre compassion. On commence à chercher une raison à sa tristesse, dans le monde qu'il regarde en dehors du cadre. Le regard de ce militaire sur le monde est accentué par sa présentation dans l'espace public proposée par videocity.bs. Le tableau d'affichage électronique, d'où il est montré, est placé bien au-dessus de la ligne de regard et dans la direction du champ de foire. De cette façon, le regard du soldat surplombe les passants. Il apparaît comme un géant qui pleure sur notre existence.
Andrea Domesle, dans le cadre de videocity.bs Basel
Le soldat
Vidéo en boucle
4 min 30 sec
2020